Les complications hématologiques

Les complications hématologiques

Si les principales complications hématologiques relèvent en oncologie de l’aplasie médullaire, il existe cependant d’autres problèmes liés aux éléments circulants ou à des anomalies de la coagulation.

  1. Syndrome d’hyperviscosité
  2. Il peut être dû à une augmentation du nombre d’éléments figurés (polycythémies, leucostase, thrombocythémie) ou des composants plasmatiques (myélome multiple à IgG ou à IgA, macroglobulinémie de Waldenström, cryoglobulinémie, dysfibrinogénémie) du sang (1). Pour les syndromes d’hyperviscosité plasmatique, les symptômes apparaîtront à partir d’une viscosité sérique > 4 par rapport à l‘eau : diathèse hémorragique, rétinopathie avec hémorragie et œdème papillaire, encéphalopathie, hypervolémie, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, ischémie distale. Le traitement reposera sur les plasmaphérèses et le contrôle de l’affection sous-jacente.

  3. Syndrome de leucostase
  4. Il se rencontre en cas de forte hyperleucocytose (> 100.000/mm3), le plus souvent dans le contexte d’une leucémie hyperleucocytaire mais parfois lors de certains traitements (administrations de facteurs de croissance, syndrome de l’acide rétinoïque, prise d’une greffe de moelle osseuse) ou de syndromes paranéoplasiques. Le tableau clinique (2;3) associera détresse respiratoire (évoluant vers le SDRA) et encéphalopathie (céphalées, confusion, bradypsychie, somnolence, troubles de la conscience). Le traitement (4) sera basé d’une part sur des leukophérèses à réaliser en urgence et d’autre part sur une chimiothérapie antileucémique à instaurer très rapidement avec prévention de la lyse tumorale ou une corticothérapie selon l’étiologie.

  5. Les anémies hémolytiques
  6. Chez le cancéreux, il faudra envisager une anémie hémolytique (5) en cas d’ictère, d’anémie, de signes biologiques d’hémolyse (­ bilirubinémie indirecte, ¯ haptoglobinémie, ­ LDH). Les principales causes sont décrites dans le tableau ci-dessous. Il faut savoir que le tableau clinique peut prendre un décours dramatique dans certains cas et que chez le cancéreux, l’hémolyse peut être une des composantes de l’anémie avec infiltration médullaire, l’inflammation chronique, l’aplasie thérapeutique et les hémorragies, ce qui peut ne pas donner un tableau typique.


    Tableau : les types d’anémie hémolytique chez le cancéreux

    Catégories

    Mécanisme

    Types de tumeur

    facteurs favorisants

    traitement de choix

    1. Mécanique

    anémie microangiopathique (schistocytes)

    toutes

    mitomycine C

    greffe de moelle

    plasmaphérèse

    2. Enzymopathies

    sélection clonale

    syndromes myélodysplasiques

    LAM

    -

    -

    3. Hémoglobinopathies

    sélection clonale

    syndromes myélodysplasiques

    syndromes
    myéloprolifératifs

    -

    -

    4. Hémophagocytose

    (ex histiocytose maligne)

    phagocytose des cellules hématologiques par des phagocytes bénins ou par les cellules tumorales (hystiocytaires ou non)

    ® fièvre, pancytopénie, hépatosplénomégalie, adénopathies

    toutes

    -

    celui du cancer

    5. Immune

    par auto AC

    (Coombs direct et indirect)

    a) agglutinines chaudes

     

    b) agglutinines froides

     

     

    LLC, lymphomes, leucémies, carcinomes


    lymphomes, carcinomes, Waldenström

     

     

    -

     

    froid (extrémités)

     

     

    stéroïdes

     

    éviter exposition au froid

    6. Chimiothérapie

    1. anémie microangiopathique


    2. adsorption de complexes immuns

    3. dysrégulation immunitaire

    4. atteinte membrane GR (stomatocytose)

    -


    -


    -


    -

    MMC, CDDP, VBL, BLM, melphalan, chlorambucil,

    fludarabine, interféron

    AraC, 6thioguanine, VBL

    plasmaphérèse

    7. greffe de moelle

    1. anémie microangiopathique

    2. incompatibilité ABO

    -

    -

    GVH, CspA, RT rénale,

    chimio intensive, cancer

    donneur incompatible

    plasmaphérèse

    échanges plasmatiques

    8. Hypersplénisme

    splénomégalie par infiltration tumorale, myélopoïèse extramédullaire, myélofibrose, congestion, infection, inflammation (pancytopénie)

    -

    -

    splénectomie

    (ou RTsplénique palliative)

  7. La coagulation intravasculaire disséminée (CIVD)
  8. Appelée aussi syndrome de défibrination, la CIVD est un syndrome biologique caractérisé par la présence d’une thrombopénie, d’une chute du taux de fibrinogène et des facteurs II, VII, V et X, d’une altération des tests globaux de la coagulation (­ TTP, ­ PTT, ­ TT), de D-dimères et de schistocytes (anémie hémolytique). Dans les formes chroniques, propres au cancer, le tableau biologique sera beaucoup plus discret avec hyperfibrinogénémie et hyperplaquettose. Cliniquement, le patient sera asymptomatique ou présentera des thromboses, donnant dans certains cas, un syndrome de Trousseau. Dans les formes aiguës, que l’on peut voir dans certains cancers mais également lors de complications comme une infection, en état de choc ou une hémolyse intravasculaire, le tableau clinique associera manifestations hémorragiques et manifestations thrombotiques (6-8). Pratiquement, il conviendra d’une part d’identifier et traiter l’affection de base et d’autre part de corriger les anomalies hémostatiques soit par traitement substitutif en cas de syndrome hémorragique, soit par traitement anticoagulant (héparine) en cas de thrombose ou antifibrinolytique (aprotinémie) en cas de syndrome hémorragique grave avec fibrinolyse sévère.

  9. Les thromboses
  10. Le cancer est, dans le contexte d’une hypercoagulabilité, souvent associé à des thromboses. Cet état hypercoagulable (9) est dû à l’immobilisation, des phénomènes de compression vasculaire, des anomalies de la composition du sang (par présence de substances procoagulantes), des anomalies de la fonction endothéliale. Les thromboses qui en découlent peuvent être veineuses (avec risque d’embolie pulmonaire) et/ou artérielles. Il peut également y avoir une endocardite thrombotique non bactérienne ou un tableau biologique de CIVD. Le traitement reposera sur le contrôle de l’affection néoplasique et sur l’anticoagulation (surtout par héparine).


Références

1. Kwaan HC, Bongu A. The hyperviscosity syndromes. Semin Thromb Hemost 1999; 25(2):199-208.

2. Rowe JM, Lichtman MA. Hyperleukocytosis and leukostasis: common features of childhood chronic myelogenous leukemia. Blood 1984; 63(5):1230-1234.

3. van Buchem MA, te VJ, Willemze R, Spaander PJ. Leucostasis, an underestimated cause of death in leukaemia. Blut 1988; 56(1):39-44.

4. Ablin AR. Supportive care for children with cancer. Guidelines of the Childrens Cancer Study Group. Managing the problem of hyperleukocytosis in acute leukemia. Am J Pediatr Hematol Oncol 1984; 6(3):287-290.

5. Diehl LF, Bolan CD, Weiss RB. Hemolytic anemia and cancer. Cancer Treat Rev 1996; 22(1):33-73.

6. Colman RW, Rubin RN. Disseminated intravascular coagulation due to malignancy. Semin Oncol 1990; 17(2):172-186.

7. Bick RL. Coagulation abnormalities in malignancy: a review. Semin Thromb Hemost 1992; 18(4):353-372.

8. Goad KE, Gralnick HR. Coagulation disorders in cancer. Hematol Oncol Clin North Am 1996; 10(2):457-484.

9. Green KB, Silverstein RL. Hypercoagulability in cancer. Hematol Oncol Clin North Am 1996; 10(2):499-530.