L’aplasie
médullaire
L’aplasie médullaire est une complication très fréquemment observée chez le patient atteint de cancer, qu’elle soit due au traitement (chimiothérapie, radiothérapie) ou qu’elle soit liée à l’infiltration néoplasique de la moelle osseuse. Elle se manifeste par des anomalies de l’hémogramme : leucopénie, thrombopénie, anémie. La neutropénie prédispose à des complications infectieuses graves et la thrombopénie à des syndromes hémorragiques potentiellement mortels.
La neutropénie se définit comme un taux de
polynucléaires neutrophiles circulants inférieur à 1.000/mm3. Elle
est dite sévère s’il est inférieur à 100/mm3. Il s’agit d’une
atteinte grave des moyens de défense de l’organisme qui prédispose à des
infections bactériennes et mycotiques qui peuvent très rapidement conduire au
décès du patient (1). Dès que de la fièvre sera
observée (soit une température supérieure à
Mesures
préventives pour le neutropénique séjournant à l’USI
Les mesures préventives à appliquer s’extrapolent
à partir de celles pour le patient hospitalisé dans une salle ordinaire (4). On peut administrer une
antibiothérapie orale par cotrimoxazole ou quinolone, éventuellement associée à
de la pénicilline ou à un macrolide, pour réduire le risque d’infection sans
cependant changer
SDRA et sepsis à
streptocoques
La neutropénie ne protège pas le patient (7-9) contre la survenue d’un œdème pulmonaire lésionnel responsable d’un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA). De plus les infections à Streptococcus sp, particulièrement du groupe viridans, sont de pronostic particulièrement sévère (10-12). En effet ces bactériémies répondent mal à l’antibiothérapie empirique standard et sont associées à une mortalité de l’ordre de 12 %. Même avec une adaptation adéquate des antibiotiques, nombre de patients vont évoluer vers le SDRA et le syndrome de défaillance multiviscérale.
Typhlite ou
entérocolite du neutropénique
L’entérocolite
du neutropénique est une complication infectieuse grave de la neutropénie, avec
une mortalité de 20 à 60 % selon les séries (13-15). C’est un diagnostic
d’exclusion que l’on évoquera après avoir éliminé d’autres complications
abdominales comme la pancréatite, la candidiase hépatique, la diverticulite, la
perforation digestive, l’obstruction colique, l’infarctus splénique, la
cholécystite lithiasique, l’appendicite et
Bien que la plupart des cas décrits soient associés à la chimiothérapie, l’entérocolite du neutropénique peut aussi compliquer les traitements immunosuppresseurs des patients greffés et l’anémie aplasique. Le tableau clinique est très variable : fièvre, diarrhée aqueuse, douleurs abdominales diffuses ou localisées et ce dans un contexte de neutropénie. Différentes complications peuvent survenir : perforation digestive, abcès, pneumatosis intestinales, hémorragie digestive, obstruction, sepsis et choc septique. Certains facteurs ont été associés avec la mortalité (15): hypotension à l’admission, bactériémie et fungémie. La distension abdominale et la survenue de défaillances viscérales sont aussi de mauvais pronostic. Les germes les plus fréquemment rencontrés sont le clostridium (tertium, septium, difficile, sordelli), l’Entérobacter, le Pseudomonas, le Klebsiella et l’Escherichia Coli. Les hémocultures ne seront positives que dans 30 à 40 % des cas. Une origine mycotique est plus rarement rapportée. Dans une série de 50 patients (13), une aspergillose digestive a été retrouvée chez 11 patients dont neuf à l’autopsie.
Le bilan sera basé sur des examens non invasifs, privilégiant l’échographie abdominale sur la tomodensitométrie car plus faciles à réaliser et surtout ne nécessitant pas l’injection de produits de contraste iodés. Le traitement sera avant tout conservateur : rééquilibration hydroélectrolytique, antibiothérapie à large spectre, aspiration nasogastrique et alimentation parentérale. Si des collections sont identifiées aux examens radiologiques répétés, elles feront l’objet d’une ponction transpariétale. Une laparotomie devra être envisagée en cas de complication ou de sepsis prolongé de plus de 24 heures (16), la chirurgie devant si possible être différée à la récupération des neutrophiles (17).
Une anémie majeure, qui se définit par un taux d’hémoglobinémie < 7g/dl, peut être la conséquence d’une aplasie médullaire. Il faudra apprécier la tolérance du patient qui sera d’autant moins bonne que l’anémie est aiguë : insuffisance cardiaque, dyspnée, œdème pulmonaire hémodynamique; ischémie, angor, infarctus myocardique; confusion, accident vasculaire cérébral; état de choc; aggravation d’une artérite. Il faudra rechercher d’autres causes que l’aplasie médullaire, qu’elles soient centrales (carences en fer, acide folique et vitamine B12; envahissement médullaire; inflammation; hypothyroïdie) ou périphériques (hémorragie, hémolyse, hypersplénisme). Des analyses sanguines et un myélogramme seront éventuellement nécessaires.
Le traitement reposera sur la correction de la cause de l’anémie et la transfusion de globules rouges concentrés à réaliser sous monitoring en cas d’intolérance. En l’absence de signes de mauvaise tolérance, le seuil sera dans les situations suivantes : 10 g/dl : syndrome coronarien aigu ; 9 g/dl : cardiopathie ischémique et insuffisance cardiaques stables ; 8 g/dl : patient âgé ; période post-opératoire de chirurgie cardiaque et/ou vasculaire ; prise en charge initiale du sepsis sévère ; 7 g/dl : tous les autres cas.
L’objectif de la transfusion visera à ramener l’hémoglobinémie entre 10 et 12 g/dl. Elle devra se prescrire en isogroupe ABO et Rh. Une unité sera perfusée en 1 à 2 h (très lentement en cas d’insuffisance cardiaque où une unité sera donnée toutes les 12 à 24 h sous oxygénothérapie et éventuellement avec l’aide d’un diurétique). Le sang ne pourra jamais couler dans la même ligne que le glucosé 5%. Les principaux accidents aigus des transfusions de globules rouges sont l’œdème pulmonaire hémodynamique par surcharge, l’accident hémolytique par incompatibilité ABO, l’alloimmunisation anti-HLA, le choc septique par contamination et l’œdème pulmonaire lésionnel par réaction aux leucoagglutinines (TRALI). La prévention reposera, en cas de chimiothérapie par dérivés du platine, sur l’administration d’érythropoïétine.
La thrombopénie, surtout si elle est importante (taux de plaquettes < 50.000/mm3) ou associée à d’autres troubles de l’hémostase, peut entraîner des hémorragies sévères à cause de leur quantité (choc hémorragique) ou de leur localisation (hémorragie cérébrale ou alvéolaire). Le diagnostic reposera sur la numération plaquettaire et éventuellement un examen de la moelle osseuse pour déterminer son origine périphérique ou centrale ainsi que la recherche des anticorps antiplaquettaires. La thrombopénie peut être due à d’autres causes que l’aplasie médullaire ou aggravée par ces dernières en cas de thrombopénie chronique : médicaments (héparine, quinidine, pénicilline, sulfamidés), infections (notamment bactériémie), CIVD, microangiopathies thrombotiques (syndrome hémolyse-urémie), surfaces vasculaires étrangères (hémofiltration), hypersplénisme, carence en folates.
Le traitement (18;19) reposera sur l’administration
de concentrés de plaquettes standards (correspondant à un don de sang simple)
ou d’aphérèse (correspondant à un don programmé), ces derniers réduisant les
risques d’infection et d’alloimmunisation anti-HLA et améliorant l’efficacité
transfusionnelle chez le patient alloimmunisé. Les concentrés de plaquettes
peuvent être déleucocytés par filtration (pour réduire les risques
d’alloimmunisation et de transmission virale), CMV-négatifs, irradiés (pour
prévenir la GVHD posttransfusionnelle), HLA-compatible (à réserver en cas de
problèmes liés à l’alloimmunisation) ou déplasmatisés (en cas de très rare
allergie au plasma ou de déficit en IgA). On transfuse habituellement 1 unité
par dix kilos de poids (par
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