L’immunodépression
et ses complications
L’immunodépression est une des causes majeures de la fragilité du patient cancéreux. Elle est due à différents mécanismes qui peuvent coexister au cours d’un même cancer.
Les moyens de défense peuvent être atteints de diverses façons chez le patient cancéreux (1;2). Il en résultera un risque accru d’infections avec des pathogènes inhabituels et nosocomiaux comme illustré par le tableau 1.
Tableau 1 : Pathogènes en
cause selon le mécanisme de l’immunodépression
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Déficit immun |
Bactéries |
Champignons |
Virus |
Parasites/ protozoaires |
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Neutropénie |
Bacilles à Gram négatif Ps aeruginosa E Coli Klebsiella pneumoniae Enterobacter sp Cocci à Gram positif Staph aureus Staph epidermidis Streptococcus spp Corynebacterium spp |
Candida spp Torulopsis glabrata Aspergillus spp |
Herpes simplex |
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Déficience cellulaire des lymphocytes T |
Listeria
monocytogenes Mycobacterium
spp Nocardia
sp Legionella sp Rhodococcus equi |
Candida spp Cryptococcus neoformans Aspergillus spp |
Herpes
simplex Herpes
zoster CMV VRS EBV Adénovirus |
Pneumocystis carinii Toxoplasma gondii Cryptosporidium Strongyloïdes stercoralis |
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Déficience cellulaire des lymphocytes B |
Pneumocoque Haemophilus influenzae Neisseria meningitis Salmonella sp |
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Splénectomie |
Pneumocoque Haemophilus
influenzae Neisseria
meningitis |
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Obstruction viscérale |
Bactéries colonisantes |
Candida spp Aspergillus spp |
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Atteinte des barrières anatomiques |
Staphylocoques Streptocoques Ps aeruginosa Entérobactéries Corynebacterium spp |
Candida spp |
Herpes simplex |
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Nos moyens de défenses peuvent se diviser en différentes lignes de défense :
1ère
ligne : les défenses non spécifiques comprenant l’intégrité de la peau, les muqueuses
et sécrétions respiratoires et digestives, la flore microbienne :
- Obstruction viscérale néoplasique : elle entraîne une colonisation de zones de l’organisme habituellement stériles et peut être source d’infections bactériennes et mycotiques.
- Atteinte des barrières anatomiques : cathéters, actes invasifs, chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie sont sources de lésions muqueuses et cutanées qui prédisposent à des infections bactériennes, herpétiques ou à Candida.
2ème
ligne : la réponse immunitaire innée comprenant les
•
Cellules phagocytaires (récepteurs toll-like) : monocytes, macrophages,
cellules dendritiques, granulocytes (polynucléaires)
•
Cellules NK (interféron g )
•
Cytokines inflammatoires (fièvre et inflammation): TNFa, IL1b, IL6
•
Récepteurs toll-like (production cytokines, phagocytose) : TLR4 (LPS
BGN), TIR (récepteurs toll-interleukine 1) (bactéries, virus)
• Complément (voies des lectines et alternes) : vasodilatation, chimiotaxisme, opsonisation bactériennes, lyse, activation phagocytose
- la neutropénie : définie comme un taux de polynucléaires circulants < 1.000/mm3, elle est due soit à l’effet aplasiant du traitement anticancéreux, soit à l’infiltration de la moelle osseuse par les cellules néoplasiques. Elle prédispose surtout aux infections bactériennes et mycotiques.
- Splénectomie : elle prédispose à des infections à bactéries encapsulées (comme le pneumocoque) qui peuvent être fulgurantes.
3ème
ligne : la réponse immunitaire adaptative comprenant les
•
Acteurs cellulaires : lymphocytes T et B via cellules présentatrices
d’antigènes et molécules du complexe majeur d’histocompatibilité CMH I (CD8+)
ou II (CD4+)
•
Acteurs humoraux : anticorps (Ig M, G, E et D)
- La déficience des cellules T : cette atteinte de l’immunité cellulaire se rencontre dans les lymphomes, certaines leucémies et lors de traitements comme la corticothérapie, la chimiothérapie ou les greffes de moelle osseuse. Elle prédispose à une large gamme d’infections dont la listériose, la pneumocystose et l’infection à CMV.
- La déficience des cellules B : elle se rencontre dans certaines hémopathies malignes (myélome multiple et leucémie lymphoïde chronique) ou lors de certaines thérapies (corticoïdes, chimiothérapie) et prédispose surtout aux infections bactériennes.
En guise d’illustration, nous allons décrire des infections graves dues à des champignons, virus ou parasites que l’on ne voit pas habituellement chez l’hôte immunocompétent.
Associées à une mortalité de l’ordre de
40 % (3), elles se présentent le plus
souvent comme une fièvre résistant aux antibiotiques antibactériens dans un
contexte de neutropénie, de corticothérapie, d’alimentation parentérale et/ou
de présence d’une voie veineuse. Dans 10 % des cas, il
L’aspergillus, champignon
responsable essentiellement d’asthme et d’infection de cavités pulmonaires
(aspergillome) dans la population générale, est source chez le cancéreux
immunodéprimé (surtout en cas de neutropénie) d’infections invasives (4) à localisations
principalement pulmonaires mais également de
Le cytomégalovirus (CMV) donne des complications respiratoires sévères en cas d’immunodépression cellulaire T, particulièrement suite à une greffe de moelle osseuse allogénique. Bien que pouvant atteindre d’autres organes (hépatite, œsophagite, rectite, rétinite, …), le CMV se manifeste essentiellement sous forme d’une pneumopathie interstitielle diffuse dans un contexte de fièvre résistant aux antibiotiques et évoluant vers le SDRA. Le recours au traitement préemptif a rendu cette infection rare dans les semaines suivant la greffe et elle apparaît actuellement plus tardivement (11). Le diagnostic reposera sur l’isolement du virus dans le sang et le lavage bronchoalvéolaire, par des techniques de PCR et d’immunofluorescence, la culture classique requérant des délais de 2 à 6 semaines. Le traitement au stade de la pneumopathie constituée repose sur l’association de ganciclovir (CymevenR : 5 mg/kg/12 h pendant 2 semaines) et d’immunoglobulines (500 mg/kg/j pendant 7 jours) avec un support ventilatoire. La mortalité dépasse 50 % (12;13), même si certains succès ont été rapportés avec des réanimations lourdes (14). La stratégie actuelle consiste à traiter par le ganciclovir le CMV dès l’apparition de la virémie détectée par une recherche systématique par des tests de biologie moléculaire (15). Ce traitement, appelé préemptif, a en pratique fait disparaître les pneumopathies diffuses à CMV des premiers mois suivant la greffe de moelle.
D.
Les
pneumopathies à Pneumocystis jiroveci
Pneumocystis jiroveci (autrefois appelé carinii) est également un agent pathogène entraînant des pneumopathies interstitielles diffuses en cas de déficit de l’immunité cellulaire (16): tumeurs solides traitées avec des corticoïdes ou certains agents chimiothérapiques, hémopathies malignes (rôle favorisant de la fludarabine ?), greffe de moelle allogénique. Les principaux symptômes sont une fièvre résistant aux antibiotiques ordinaires, de la toux et de la dyspnée (17;18). Radiologiquement, on identifie des infiltrats alvéolaires et interstitiels, éventuellement localisés. La pneumopathie hypoxémiante évoluera vers le SDRA. Hémodynamiquement, on aura un état hyperdynamique (19). Le diagnostic se basera sur l’identification du pathogène dans le LBA par examen direct (coloration de Giemsa , imprégnation argentique, immunofluorescence). Le traitement (20) reposera sur l’administration de cotrimoxazole à haute dose (triméthoprine 20 mg/kg/j et sulfaméthoxazole 100 mg/kg/j pendant 2 semaines), le support ventilatoire et la corticothérapie (méthylprednisolone 60 mg 4x/j x 5j) (21;22). L’administration de cotrimoxazole oral à titre préventif (23) a considérablement réduit le risque de pneumopathie interstitielle hypoxémiante chez le sujet à risque (greffe de moelle allogénique).
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